La conviction fondatrice - Pourquoi ECES a été créé et pourquoi l’EURECS est né de cette conviction

Lorsque Fabio Bargiacchi a achevé en 2010 ses travaux au sein du groupe de travail conjoint CE-PNUD sur l’assistance électorale en vue de la création du Centre européen pour le soutien électoral, il l’a fait en s’appuyant sur un diagnostic institutionnel clair.

L’Europe était devenue l’un des principaux acteurs mondiaux en matière de soutien à la démocratie, d’assistance électorale et de défense des droits de l’homme. L’Union européenne avait progressivement mis en place une architecture juridique, financière et politique sophistiquée, comprenant des documents d’orientation historiques, des instruments de financement dédiés et un programme extérieur en faveur de la démocratie de plus en plus complet. Parmi ces étapes clés, la communication de la Commission européenne COM(2000)191 sur l’assistance et l’observation électorales a marqué un tournant en institutionnalisant la complémentarité entre l’observation électorale et l’assistance électorale et en encourageant un engagement à long terme tout au long du cycle électoral. Pourtant, un élément important faisait encore défaut.

L’Europe ne disposait pas d’une plateforme de mise en œuvre spécialisée, indépendante, neutre et à but non lucratif, capable de traduire les politiques, les valeurs et les priorités des États membres en un soutien concret adapté aux réalités des pays partenaires.

Ce dont on avait besoin, ce n’était pas d’un donateur ou d’une institution politique de plus, mais d’un mécanisme de mise en œuvre permanent capable d’allier les principes européens à l’appropriation locale, l’excellence technique à la sensibilité politique, l’innovation à la responsabilité et la flexibilité opérationnelle à la cohérence institutionnelle. L’ECES a été fondée à Bruxelles en 2010 par des praticiens expérimentés dans le domaine électoral et du soutien à la démocratie afin de répondre précisément à ce besoin.

L’organisation a également bénéficié de la vision et du soutien fondamental de feu l’abbé Apollinaire Malu Malu, ancien président de la Commission électorale de la République démocratique du Congo et ancien président du Forum des commissions électorales des pays de la SADC. Issus d’horizons institutionnels variés, les fondateurs partageaient la même conviction : un soutien durable à la démocratie nécessitait des mécanismes de mise en œuvre fondés sur le partenariat plutôt que sur la prescription, sur le dialogue plutôt que sur la conditionnalité, et sur un accompagnement institutionnel à long terme plutôt que sur des interventions électorales ponctuelles.

Dès ses tout premiers programmes, l’ECES a mis en œuvre des activités selon des principes qui allaient plus tard être désignés collectivement sous le nom d’EURECS. Cette stratégie n’a donc pas été inventée en 2016. Elle était déjà mise en œuvre sur le terrain depuis 2010. La première édition n’a fait que codifier une vision qui était déjà devenue l’identité institutionnelle de l’organisation.

« Les élections n’ont jamais été une fin en soi. Elles ont été, et restent, un point d’entrée essentiel pour soutenir la gouvernance démocratique, la participation politique, la responsabilité institutionnelle, la prévention des conflits, la médiation, l’intégrité de l’information et la résilience démocratique. »

Fabio Bargiacchi, Fondateur et directeur exécutif de l’ECES

 

Une décennie entre deux éditions - Ce qui a changé  et ce qui est resté constant

Dix ans séparent la publication de la première et de la deuxième édition d’EURECS. Cet intervalle était intentionnel. L’ECES a délibérément choisi de ne pas publier de stratégie actualisée tant qu’elle n’aurait pas accumulé suffisamment d’expérience en matière de mise en œuvre, d’apprentissage institutionnel et d’innovation méthodologique pour justifier une véritable évolution plutôt qu’une simple révision de routine.

Au cours de ces dix années, l’organisation s’est considérablement développée en termes de couverture géographique, de partenariats institutionnels, d’expertise thématique et de capacité opérationnelle. De nouvelles méthodologies ont été développées. De nouveaux systèmes de gestion ont été mis en place. Des applications numériques ont été créées. Des mécanismes d’apprentissage entre pairs ont été institutionnalisés. Les partenariats régionaux se sont renforcés. Le développement du leadership est devenu un élément central de nombreux programmes. L’intelligence artificielle, la cybersécurité et l’intégrité de l’information sont apparues comme des domaines entièrement nouveaux nécessitant une expertise spécifique. Tout au long de cette évolution, cependant, les principes fondateurs sont restés remarquablement cohérents. L’engagement en faveur de l’appropriation nationale, de la neutralité politique, du partenariat, de la responsabilité, de l’innovation et du développement institutionnel à long terme est resté la caractéristique déterminante de l’ECES depuis sa création. La deuxième édition incarne donc une continuité par l’évolution plutôt qu’un changement par le remplacement.

 

Pourquoi une nouvelle édition en 2026 ?

Seize ans plus tard, un enseignement s’impose clairement. Le contexte international dans lequel s’inscrit le soutien à la démocratie a profondément changé depuis la création de l’ECES. Dans de nombreuses régions du monde, les institutions démocratiques sont confrontées à des pressions sans précédent.

Les conflits armés, les changements de gouvernement anticonstitutionnels, le recul de la démocratie, le rétrécissement de l’espace civique, la polarisation politique, la perte de confiance dans les institutions publiques et la concurrence géopolitique croissante façonnent de plus en plus les contextes électoraux. Dans le même temps, la manipulation et l’ingérence étrangères en matière d’information, la désinformation, l’intelligence artificielle, les menaces liées à la cybersécurité et l’évolution rapide des technologies numériques transforment fondamentalement la manière dont les élections sont organisées, disputées et perçues. Parallèlement, le soutien international à la démocratie et aux élections évolue lui aussi.

L'évolution des priorités géopolitiques et la diminution des ressources financières dans plusieurs pays donateurs traditionnels ont rendu le soutien à la démocratie plus complexe, plus sensible sur le plan politique et plus exigeant que jamais. Ces évolutions exigent que l’assistance électorale dépasse le cadre d’un simple exercice technique. Ils exigent des approches capables d’intégrer l’administration électorale à la gouvernance démocratique, à la résilience institutionnelle, au dialogue politique, à la médiation, à la consolidation de la paix, à l’intégrité de l’information et à la gouvernance technologique.

Dans ce contexte, l’indépendance de l’ECES n’est pas simplement une caractéristique organisationnelle. C’est une condition opérationnelle. Son caractère indépendant et à but non lucratif permet à l’organisation de faciliter le dialogue, d’accompagner les réformes et d’entretenir des partenariats à long terme dans des contextes où les acteurs gouvernementaux ne peuvent souvent pas agir avec le même degré de neutralité, de flexibilité ou de crédibilité.

Après seize ans de mise en œuvre, une conclusion s’impose. Un soutien efficace à la démocratie doit être global, s’inscrire dans la durée, avoir une portée plus large, tenir compte des enjeux numériques et être profondément inclusif.

 

Télécharge les deux versions d'EURECS, 2016 et 2026: